Le tatouage pour panser ses plaies

Zoom sur Thierry Roussel, un tatoueur pas comme les autres, il allie créativité et talent et aide aux personnes en difficulté. Tatoueur au grand coeur, il rompt avec l’image habituelle qui leur colle à la peau.
Toutefois, la spécificité de la maison ne réside pas dans le philanthropie du patron, mais dans son travail, pour le moins innovant:

Panser les plaies dues à certaines maladies

L’activité principale de la boutique est bien évidemment celle du tatouage; passionné de dessin depuis son enfance, Thierry Roussel aime établir une relation de confiance avec sa clientèle.

J’essaye de recréer un dessin en fonction de leur personnalité, qui fasse ressortir quelque chose d’eux-mêmes.

Et cela plaît. La boutique, unique à Erstein, connaît déjà un franc succès.

La majorité des clients sont âgés de 25 à 55 ans, et les décisions sont bien réfléchies, contrairement aux jeunes qui essayent de se donner la même Image de ce qu’ils voient à la télévision. Cette année, la mode est aux tatouages en forme de dragons mais aussi de roses, qui reviennent en force après avoir été submergé par la vague du tatouage tribal.

Amoureux du métier, Thierry Roussel a cependant pris une voie différente de celle de la plupart des magasins de tatouage, il y a cinq ans. Il choisit d’allier esthétique et soins et obtient un diplôme en réparation par recouvrement de cicatrices, qu’il complète par différentes formations dans ce domaine. Il assiste également à de nombreuses conférences sur le sujet et multiplie les rencontres avec des professeurs et des professionnels de la santé.

Très sensible au malheur des gens, son but est d’aider les personnes en souffrance, et de trouver des solutions pour panser les plaies dues à certaines maladies. Travaillant en collaboration avec la Hôpitaux Universitaire de Strasbourg, le centre Paul-Strauss de Strasbourg ainsi qu’avec les hôpitaux de Mulhouse et Colmar, l’initiative artistique a des effets très positif au niveau thérapeutique.

En utilisant la technique novatrice de dermopigmentation (coloration du derme à I’aide de pigments); Thierry Roussel permet aux personnes ayant subi une opération mutilante de se débarrasser du poids parfois douloureux de certaines cicatrices. Par exemple, pour les femmes atteintes de cancer du sein, masquer une ablation derrière un tatouage, ou compléter une reconstruction mammaire par la coloration du derme permet de retrouver un semblant de féminité et d’accepter son corps.

Eviter « le regard des autres »

Dans d’autres cas, il s’agit d’éviter le regard des autres, moqueur ou cruel. Dissimuler un bec de lièvre, une brûlure ou une perte de pilosité due à l’âge ou à la maladie est désormais possible grâce à ce procédé.
De la même manière, la dermopigmentation peut s’appliquer à la suite de dégâts importants dû à des tatouages mal effectués, qui représentent tout de même 60% des cas à Erstein.

Très proche du tatouage, la technique consiste à introduire des pigments naturels dans le derme, lors de séances sous anesthésie locale, afin de modifier la couleur d’une zone de peau, à I’aide d’une aiguille. Egalement appelé maquillage permanent ou dermographie, le processus se développe progressivement dans les instituts d’esthéitique mais aussi au sein du monde médical. Ainsi, Thierry Roussel envisage de reprendre des études d’infirmier, ce qui lui permettrait d’exercer sa pratique au sein même de l’hôpital.
Le développement de ce type d’activité permet de rendre compte de la demande très importante en recouvrement de cicatrice et de l’absence de réponse médicale à un problème dont peu de personnes parlent, celui de l’après-maladie ou de l’après-opération. Ainsi, Thierry Roussel souhaite mettre en avant les maladies graves et démontrer qu’iI est possible de renaître après de telles épreuves.

Pauline Chavot