Cancer, l’ ennemi de mon corps

Docteur Bruno AUDHUY, Chef de service, Service d’ONCOLOGlE et d’HEMATOLOGlE
HOSPITAL PASTEUR HOPITAUX CIVILS DE COLMAR

Le corps à retrouver

Heureusement, tous ne meurent pas, ils sont de plus en plus nombreux au contraire à sortir victorieux de ce combat. Venu le temps de la rémission ou de la guérison (qu’elle est lourde à vivre la distinction entre ces deux termes!), vient aussi celui du corps à retrouver. Peu à peu s’effacent les effets du traitement, la fatigue s’estompe, le goût de vivre se fait plus fort, timidement, on s’autorise à croire à nouveau à la vie.
Difficile pourtant de vivre avec la menace de la rechute, sur le quivive, comme le dit cette expression empruntée au vocabulaire des sentinelles.

A partir de ce corps meurtri, parfois amoindri, il faut reconstruire une image de soi, en faisant le deuil de son état physique antérieur. Il faut réadapter son corps à l’activité physique, retrouver à travers lui le plaisir de vivre.

Certains veulent aller au-delà, dépasser le simple (?) retour à la vie courante, à la banalité d’un quotidien que désormais ils rejettent. Ils cherchent à se surpasser physiquement, à affirmer, avec une vitalité, une endurance et un courage inouïs, leur volonté de vivre pleinement, intensément à travers leur corps, en le poussant dans des activités extrêmes (marathon, alpinisme,…).

D’autres trouvent dans l’expérience artistique, dans la création, une source de bien-être et une réappropriation de leur vie, de leur temps et de leur corps. La poésie (dont l’étymologie grecque poiésis signifie création et se retrouve étrangement en médecine dans la formation des cellules). Tout comme la peinture ou la sculpture sont des moyens d’expression artistique souvent utilisés après un cancer.

Certains irons jusqu’à utiliser leur propre corps et même leur mutilation comme support. Je pense aux photographies souvent fort belles de femmes opérées d’un sein qui se font appeler amazones, aux personnes qui portent un tatouage, comme ceux que Thierry Roussel qui pratique à Obernai, pour cacher la cicatrice d’une reconstruction mammaire par lambeau abdominal ou celle d’une mastectomie en masquant l’absence du sein par un motif esthétique.

Autre chose : parmi les personnes qui ont été traitées pour un cancer et qui, après avoir souffert dans leur chair, ont été guéris, certaines (et elles ne sont pas si rares que cela) déclarent que cette épreuve leur-avait en quelque sorte rendu service.
L’une d’elles rememorait même son cancer :

Je dis merci à mon cancer, il est arrivé à un moment de mon existence où je sentais que je ne pouvais plus continuer à vivre de la même façon, le cancer m’a ouvert les yeux sur ce que je sentais confusément et m’a aidé à changer de vie. Aujourd’hui, je ne vis plus comme avant et je vis mieux.

Le comédien Bernard Giraudeau, atteint d’un cancer du rein métastasé, affirmait récemment dans un entretien télévisé que le cancer avait été pour lui une chance.

Pour conclure :

Après avoir brossé de ce combat entre le cancer et le malade, dont le corps est le champ de bataille, et dont la vie est l’enjeu, un tableau effrayant; je souhaiterais porter sur le cancer, aujourd’hui un éclairage plus encourageant. Certes, on meurt encore aujourd’hui du cancer! Le seul fait qu’ou s’en offusque montre déjà combien la médecine a progressé. En effet, il y a encore 50 ans, on mourait presque toujours de son cancer et la survie se comptait au mieux en quelques mois.

Aujourd’hui, plus d’un malade sur deux guérit de son cancer et la survie ne cesse de s’allonger, elle a doublé en un quart de siècle!
C’est un fait indéniable, le nombre de cancers a augmenté considérablement dans le même temps. Dans le département du Haut Rhin, par exemple, savez-vous que chaque semaine, c’est une centaine de nouveaux cas qui sont diagnostiqués? Une personne sur trois sera touchée par le cancer au cours de sa vie. Cela signi?e que nous sommes tous concernés, que l’on soit malade ou proche.

Alors, puisque l’ou sait que le cancer est un combat difficile, il faut essayer d’être plus intelligent (je ne veux pas dire ici plus malin) que lui. Il faut appliquer ce fameux principe de précaution qui sera probablement plus approprié que dans maintes situations dans lesquelles il nous est proposé à tout instant.

Les moyens existent et ils ont déjà sauvé beaucoup de vies et évité beaucoup de mutilations, beaucoup de traitements lourds. Il s’agit bien entendu de la prévention et des dépistages qui sont à notre disposition. Essayons d’être plus responsable de son corps et de sa santé. Tel le patient sentinelle décrit par-Pinel qu’évoque Jean-Philippe Pierron lorsqu’il parle de la diététique du soi.

Dr Bruno Audhuy
Service d’oncologie – d’hématologie
Hôpitaux Civils de Colmar
Hôpital Pasteur – Colmar